Plus-value immobilière société étrangère : guide complet 2026
Une société étrangère qui cède un immeuble situé en France supporte une fiscalité spécifique, souvent mal comprise. Particularité essentielle : le régime des plus-values professionnelles s'applique, ce qui impose la réintégration des amortissements pratiqués pendant la détention plus l'immeuble a été détenu longtemps, plus la plus-value imposable est élevée, à l'inverse du régime des particuliers. Ce guide détaille le calcul, les obligations déclaratives (formulaire 2048-IMM), un cas chiffré pour une société suisse, et les points d'arbitrage avec les conventions fiscales bilatérales.

Plus-value immobilière société étrangère : calcul, taux, représentant fiscal
Vous êtes dirigeant ou conseil d'une société étrangère détenant un bien immobilier en France et vous envisagez sa cession ? Le régime fiscal applicable à la plus-value immobilière d'une société étrangère est l'un des plus mal compris et l'un des plus piégeux de la fiscalité française.
De nombreux éléments sont à prendre en compte comme le taux d'IS, l'impact massif de la réintégration des amortissements ou la majoration à 75 % pour les sociétés établies dans un État ou Territoire Non Coopératif (ETNC).
Ce guide vous donne, sans détour, le mécanisme exact, un cas chiffré pour une société suisse, les obligations liées au représentant fiscal accrédité, et les pièges à éviter.
L'essentiel à retenir
• La cession d'un immeuble français par une société étrangère à l'IS relève de l'article 244 bis A du CGI.
• Taux d'imposition : 25 % (taux IS de droit commun) pour les sociétés UE/EEE et la plupart des États tiers, 75 % pour les sociétés établies en ETNC.
• Les amortissements pratiqués sont réintégrés dans la plus-value imposable : le résultat fiscal peut être très supérieur à la plus-value économique.
• Les abattements pour durée de détention et les prélèvements sociaux 17,2 % ne s'appliquent pas aux sociétés à l'IS.
• Pour toute société établie hors UE/EEE (ex. Suisse, Royaume-Uni post-Brexit, États-Unis), un représentant fiscal accrédité doit être désigné.
• La déclaration s'effectue sur le formulaire 2048-IMM, signé par le représentant fiscal, et l'impôt est acquitté dès la signature de l'acte authentique.
Cadre juridique : l'article 244 bis A du CGI
L'article 244 bis A du Code général des impôts organise l'imposition en France des plus-values immobilières réalisées par des non-résidents, qu'il s'agisse de personnes physiques ou de personnes morales étrangères.
Pour les sociétés étrangères, ce dispositif fonctionne comme un prélèvement spécifique dont le taux et la mécanique varient selon :
• la nature juridique de la société (à l'IS ou transparente),
• le pays d'établissement (UE/EEE, État tiers, ETNC),
• la convention fiscale éventuellement applicable.
Cet article vise les sociétés étrangères à l'IS, qui représentent la grande majorité des cas en pratique : société luxembourgeoise (Sàrl, SOPARFI), société suisse (SA, Sàrl), Limited britannique, GmbH allemande, LLC américaine optant pour l'IS, etc. Les sociétés transparentes étrangères (équivalents SCI à l'IR) suivent un régime distinct, plus proche du régime des particuliers, qui n'est pas traité ici. Pour le cadre fiscal d'ensemble (IS, taxe annuelle de 3 %, IFI…), voir notre dossier complet sur les sociétés étrangères détenant un bien immobilier en France.
Calcul de la plus-value : la mécanique précise
Le calcul de la plus-value immobilière d'une société étrangère à l'IS suit le régime des plus-values professionnelles. C'est un point fondamental qui change complètement le résultat par rapport au régime des particuliers.
Le piège des amortissements réintégrés
C'est ici que se cache le piège majeur : si la société étrangère a amorti l'immeuble dans sa comptabilité (ce qui est obligatoire pour une société à l'IS), ces amortissements viennent diminuer le prix d'acquisition fiscal. Concrètement, plus la société a détenu l'immeuble longtemps, plus la plus-value imposable est élevée exactement l'inverse du régime des particuliers, où la durée de détention donne droit à des abattements.
Exemple : un immeuble acquis 800 000 € et détenu 15 ans avec un amortissement annuel de 25 000 € a vu son prix d'acquisition fiscal diminuer de 375 000 €. Si la cession se fait à 1 500 000 €, la plus-value comptable est de 700 000 €, mais la plus-value fiscale est de 1 075 000 €.
Pas d'abattement, pas de prélèvements sociaux
Contrairement aux particuliers non-résidents, les sociétés étrangères à l'IS :
• n'ont droit à aucun abattement pour durée de détention (ni pour l'IR, ni pour les prélèvements sociaux),
• ne sont pas redevables des prélèvements sociaux de 17,2 % (réservés aux personnes physiques),
• ne bénéficient pas de l'exonération de 150 000 € prévue à l'article 150 U du CGI,
• ne peuvent pas invoquer l'exonération de la résidence principale (réservée aux particuliers expatriés).
Taux d'imposition : de 25 % à 75 %
⚠️ Depuis la loi de finances 2020, le taux applicable aux sociétés étrangères à l'IS est aligné sur le taux d'IS de droit commun français.
Cas particulier des ETNC
La majoration à 75 % est une mesure anti-évasion qui frappe les sociétés établies dans un État ou Territoire Non Coopératif (liste mise à jour chaque année par arrêté ministériel : Panama, Anguilla, Iles Vierges britanniques, etc.). Cette pénalisation rend toute opération immobilière française quasi impossible depuis ces juridictions.
Pas de surtaxe PV > 50 000 € pour les sociétés
La surtaxe de 2 à 6 % prévue à l'article 1609 nonies G du CGI sur les plus-values supérieures à 50 000 € ne s'applique pas aux sociétés. Elle est strictement réservée aux personnes physiques. C'est l'un des rares avantages du régime société étrangère par rapport aux particuliers.
Cas pratique : société suisse vendant un immeuble parisien
Prenons l'exemple concret d'une SA suisse (Genève) ayant acquis en 2010 un immeuble parisien pour 800 000 € hors frais, vendu en 2026 pour 1 500 000 € net vendeur.
Hypothèses
• Acquisition 2010 : 800 000 € + frais d'acquisition réels 60 000 €
• Travaux d'amélioration réels facturés : 80 000 € (en 2015)
• Amortissement comptable pratiqué : 2,5 % par an sur le bâti (estimé à 600 000 €) = 15 000 €/an × 16 ans = 240 000 € d'amortissements cumulés
• Cession 2026 : 1 500 000 €
Sans réintégration des amortissements, la plus-value imposable aurait été de 560 000 € → impôt de 140 000 €. Soit 60 000 € de différence due à la mécanique amortissement.
Lecture du résultat
La plus-value fiscale est de 800 000 €, sensiblement supérieure à la plus-value économique brute (700 000 €) à cause de la réintégration des 240 000 € d'amortissements (partiellement compensée par les frais et travaux réels).
L'impôt à acquitter est de 200 000 € (25 %), à payer dès la signature de l'acte authentique par l'intermédiaire du représentant fiscal accrédité.
⚠️ Attention : la convention fiscale franco-suisse permet à la société de demander un crédit d'impôt en Suisse pour éviter la double imposition. Sans ce mécanisme, la même plus-value pourrait être taxée une deuxième fois à l'IS suisse.
Le représentant fiscal accrédité : obligation, rôle et coût
Pour toute cession immobilière par une société établie hors UE/EEE, la désignation d'un représentant fiscal accrédité par l'administration française est obligatoire. Sans représentant désigné, le notaire ne peut pas régulariser l'acte de vente.
Qui peut être représentant fiscal accrédité ?
L'accréditation est délivrée par l'administration fiscale après instruction d'un dossier portant sur la moralité fiscale, la solvabilité et éventuellement la mise en place de garanties complémentaires. Trois catégories d'acteurs sont accrédités :
• Des sociétés spécialisées dont c'est le métier (ex. accréditation permanente),
• Des banques ou compagnies d'assurance ayant obtenu l'agrément,
• Des personnes physiques ayant une accréditation ponctuelle pour une opération particulière (rare).
Quel est son rôle ?
Le représentant fiscal endosse les mêmes responsabilités que le cédant. Il est solidairement responsable :
• du calcul de la plus-value sur le formulaire 2048-IMM,
• du paiement de l'impôt (qui transite généralement par lui),
• des éventuels rappels ultérieurs en cas de contrôle (dans la limite du délai de reprise de 3 ans).
Quel coût pour la société cédante ?
Les honoraires du représentant fiscal sont libres et négociables. En pratique, on observe une fourchette de 0,5 % à 1 % du prix de vente, avec un plancher autour de 2 500 à 5 000 € HT. Sur une cession à 1,5 M€, comptez donc entre 7 500 € et 15 000 € HT pour la mission.
⚠️ Précision importante sur Expatrim
Expatrim n'est pas représentant fiscal accrédité. Notre rôle est différent et complémentaire : nous accompagnons la société étrangère et son dirigeant en amont de la cession (audit fiscal, optimisation, choix du représentant fiscal, sécurisation déclarative), et nous assurons l'interface avec votre représentant fiscal accrédité ainsi que votre notaire. Pour la mission de représentation elle-même, nous vous orientons vers des structures spécialisées et reconnues.
Déclaration et paiement : la mécanique 2048-IMM
La déclaration et le paiement se font simultanément à la signature de l'acte authentique chez le notaire. Cette particularité rend toute approximation impossible : il n'y a pas de délai de régularisation après-coup, tout doit être prêt le jour J.
Conventions fiscales : éviter la double imposition
La France a signé des conventions fiscales bilatérales avec la plupart des États du monde. Pour les plus-values immobilières, ces conventions reconnaissent quasi-systématiquement le principe de territorialité : l'État où se situe l'immeuble (la France) a le droit d'imposer en premier.
L'État de résidence de la société (Suisse, Luxembourg, Royaume-Uni…) doit alors éliminer la double imposition par l'un des deux mécanismes :
• Crédit d'impôt égal à l'impôt français acquitté (méthode majoritaire),
• Exemption pure et simple de la plus-value (rare en matière immobilière).
⚠️ La règle exacte dépend de chaque convention et de la nature précise de l'opération. Avant toute cession, il est impératif de vérifier le texte applicable dans la liste officielle des conventions internationales publiée par l'administration française : conventions internationales sur impots.gouv.fr.
Erreurs à éviter et recommandations
• Ignorer la réintégration des amortissements : le piège n°1, qui peut multiplier par 1,5 ou 2 la plus-value imposable.
• Oublier de désigner un représentant fiscal quand la société est établie hors UE/EEE : le notaire bloquera la vente.
• Sous-estimer le coût du représentant fiscal : 0,5 à 1 % du prix de vente.
• Ne pas activer la convention fiscale : risque de double imposition (France + pays de résidence).
• Confondre régime société à l'IS et régime particuliers : aucune des exonérations classiques (150 k€, résidence principale, abattements durée détention) ne s'applique aux sociétés à l'IS.
• Anticiper trop tard : la mécanique se prépare au minimum 3 mois avant la cession, idéalement 6 mois.
Conclusion
La cession d'un immeuble français par une société étrangère à l'IS est une opération techniquement piégeuse : le taux d'imposition de droit commun (25 %) peut paraître modéré, mais la réintégration des amortissements, l'absence d'abattement et l'obligation de représentant fiscal accrédité transforment souvent l'opération en facture lourde si elle n'est pas préparée.
Trois leviers d'optimisation existent :
1. Anticiper la cession en évaluant l'impact des amortissements réintégrés et les marges de manœuvre comptables.
2. Activer la convention fiscale applicable pour neutraliser la double imposition côté pays de résidence.
3. Choisir le bon représentant fiscal et sécuriser la chaîne déclarative en amont.
Pour les sociétés étrangères détenant plusieurs biens en France, la question d'une restructuration préalable (apport à une SCI française à l'IR, fusion, dissolution) peut aussi se poser et générer des économies fiscales significatives — à arbitrer en parallèle avec les implications IFI et la fiscalité globale du non-résident immobilier.
👉 Échangez avec un expert-comptable spécialisé non-résidents pour auditer votre opération de cession et préparer le passage chez le notaire dans les meilleures conditions.



